La méthode de sélection de l'équipe de gestion

Investir dans les mégatendances permet de tirer parti d’un potentiel de croissance séculaire en réduisant notre exposition aux aléas conjoncturels à plus court terme. La crise du Covid-19 a considérablement augmenté l’incertitude, même si nous nous attendons à un rebond mécanique de la croissance l’année prochaine si la pandémie est jugulée. Ce rebond ne permettra pas d’effacer la perte d’activité due au confinement total du printemps. Il faudra, dans le meilleur des cas, attendre 2022 pour retrouver le niveau du PIB d’avant la crise.

Warin Buntrock, le Directeur adjoint des Gestions de BFT IM, nous explique comment l’équipe de gestion a choisi sa mégatendance préférée pour les 12 prochains mois.

Le scénario 2021

Comment est sélectionnée la grande tendance ?

Les critères de sélection de la grande tendance la plus attractive sont multiples et tiennent compte du contexte économique et financier. Les évènements politiques tels que p.ex. l’élection présidentielle américaine en novembre ou le Brexit et leurs éventuelles conséquences sur l’économie et les marchés doivent également être intégrés dans notre scénario pour l’an prochain. L’évolution de la crise du Covid-19 sera bien évidemment aussi une variable-clé pouvant fortement impacter la bonne ou mauvaise tenue des marchés d’actions l’an prochain. L’équipe de gestion a élaboré une méthode de scoring basée sur les 6 critères suivants : répartition géographique et sectorielle, exposition aux petites, moyennes et grosses capitalisations, croissance des bénéfices anticipée, profil de risque (volatilité) et valorisation (ratio cours sur bénéfices anticipés).

« Chaque année l’équipe de gestion privilégie la tendance la plus attractive en la surpondérant au sein du portefeuille. Les autres 10 grandes tendances seront équi-pondérées. »

Les 11 mégatendances présentes dans notre Sicav Agipi Grandes Tendances ont toutes été choisies pour leur potentiel de croissance séculaire. Afin de trouver un équilibre entre les investissements stratégiques à long terme et les positions tactiques à plus court terme, nous procédons en plusieurs étapes. 

Définir un scénario macroéconomique et financier pour 2021

Nous commençons à définir le scénario macroéconomique et financier que nous anticipons pour les 12 prochains mois. Ensuite, nous allons choisir la grande tendance qui sera la plus adaptée à ce scénario.

Comment définissons-nous notre scénario pour 2021 ?

Pour définir ce scénario, nos économistes établissent des prévisions sur quatre variables-clé*  :

  • La croissance mondiale 
    La crise du Covid-19 a provoqué une récession cette année notamment dans les pays développés qui ont tous arrêtés toutes activités pendant environ 2 mois. Cette récession déclenchée sur ordre des gouvernements est sans précédent dans l’histoire économique. Elle se caractérise par un double choc, d’abord un choc d’offre, puis par un choc de demande en raison de l’interdiction faite aux citoyens de circuler. Nous allons observer en 2021 un rebond de l’activité, bien entendu seulement s’il n’y a pas un nouveau confinement généralisé. Mais la contraction de l’activité subie au 1er semestre de cette année a fait disparaître entre 4 et 16 années d’accumulation de richesse selon les pays. Le niveau d’activité en France est ainsi équivalent à celui observé en 2006. La reprise attendu pour 2021 sera insuffisante pour effacer les pertes générées par la récession. Le retour à la situation pré-crise devrait intervenir au S1.2022 pour les économies les plus réactives comme les Etats-Unis et plutôt en 2023 pour les autres.

 

  • Les banques centrales  
    Le comportement des marchés depuis le début de la crise nous a montré l’impact majeur des banques centrales et de leurs politiques non conventionnelles d’une part, des gouvernements avec leurs plans de relance d’autre part. Leur soutien quasiment illimité et sans précédent dans l’histoire, ont significativement soutenu les marchés au point de faire apparaitre une déconnexion entre les marchés qui ont fortement rebondi, et la réalité économique des chiffres de croissance au plus bas depuis la deuxième guerre mondiale.
  • Les facteurs de risques

    Les risques économiques, financiers et géopolitiques sont nombreux et ont été plutôt amplifiés par la pandémie.

    Dans l’immédiat, l’attention se focalise sur la reprise épidémique observée à ce stade principalement en Europe. Depuis la mi-août, le nombre de cas est en constante progression en France et en Espagne notamment sans pour autant observer une hausse de la létalité. Face à cette nouvelle détérioration de la situation sanitaire et aux difficultés rencontrées par plusieurs pays pour endiguer la propagation de la Covid-19, plusieurs gouvernements ont significativement durci les mesures de restrictions laissant ainsi planer le spectre du confinement qui est à l’origine de la mutilation macroéconomique que nous connaissons. Malgré la multiplication des annonces concernant l’élaboration d’un vaccin, la distance qui reste à parcourir entre son élaboration et sa diffusion à grande échelle demeure considérable. Les investisseurs craignent une seconde vague de confinement qui aurait en toute logique des effets irréversibles tant sur le plan économique que sur le plan social.

    La course à la Maison Blanche est entrée à la fois dans sa phase finale et dans sa phase la plus chaotique. Joe Biden (candidat démocrate) et Donald Trump (candidat sortant républicain) s’affronteront le 3 novembre prochain lors de l’élection présidentielle américaine. Les positions de deux belligérants devraient se préciser à la fois sur des dossiers externes (Chine, politique internationale et position hégémonique des Etats-Unis) mais également internes (politiques budgétaire, fiscale et migratoire), le tout marqué par un regain de tensions raciales. Il est vraisemblable que le ton se durcisse et que le Président déploie toute sa créativité pour polariser les positions. Notons qu’en cas de défaite, D. Trump a d’emblée fait savoir qu’il saisira tous les recours à sa disposition pour contester le résultat.

    Le conflit commercial opposant la Chine aux Etats-Unis, temporairement relégué au second plan en raison de la crise sanitaire, connaît un regain d’intensité à mesure que l’échéance présidentielle aux Etats-Unis se rapproche. D. Trump a une nouvelle fois durci le ton à l’encontre de la Chine. Le président américain a pointé le retard de Pékin en matière d’importations de produits américains. Le président républicain a franchi une étape le 6 août dernier en interdisant l’utilisation de deux applications chinoises (TikTok et Wechat), alors même qu’elles comptent des dizaines de millions d’utilisateurs aux Etats-Unis, en invoquant la préservation des intérêts nationaux. Le dossier chinois devrait en toute logique prendre de plus en plus d’ampleur dans les semaines à venir au point que D. Trump évoque le « découplage » des deux économies. Le président sortant n’exclut pas la mise en place de nouvelles taxes douanières afin d’émanciper l’industrie et le tissu économique américain des produits chinois.

    La dépression qui frappe les économies du globe (contraction du PIB mondial attendue à près de 3,0% en 2020) mettra à rude épreuve les entreprises. La copieuse intervention des autorités monétaires et budgétaires a permis de préserver un grand nombre d’acteurs économiques alors même que toute forme d’activité était suspendue. Mais en l’absence de reprise marquée, expliquée par la reprise épidémique notamment, la constitution d’une épargne de précaution liée à la montée du chômage finira par peser sur la rentabilité des entreprises et menacera leur survie. Plusieurs entreprises ont d’ores et déjà annoncé des diminutions visibles d’effectifs ce qui entretiendra le cercle vicieux suivant : hausse du chômage, baisse de la demande, baisse de la production. Les défauts et les faillites d’entreprises devraient en toute logique augmenter. Une hausse de grande ampleur des faillites engendrera une boucle récessive et donc anxiogène pour les investisseurs.

  • Le perspectives des marchés financiers

    Pendant les prochains mois, nous allons continuer d’évoluer dans cet environnement tiraillé entre un scénario économique morose et le soutien des banques centrales et des gouvernements. La prudence reste donc de mise à court terme. Les impacts de la crise vont se faire sentir dans la durée avec l’apparition de licenciements et de défaillances d’entreprises. Etre encore plus sélectif qu’à l’accoutumée est indispensable. A moyen terme, l’arrivée d’un vaccin redonnera de la visibilité aux entreprises, aux particuliers, et aux investisseurs. Il faut donc dès aujourd’hui intégrer l’impact de la disponibilité d’un vaccin dans notre scénario d’investissement, ce qui se traduit par 1/ assurer un niveau de diversification important, 2/ revenir progressivement sur certains secteurs plus cycliques dont la valorisation a été sévèrement touchée, 3/ maintenir des stratégies de couverture car la volatilité reste élevée sur les marchés actions.

    Enfin, les plans de relance des gouvernements européens vont mettre l’accent sur les problématiques environnementales et la lutte contre les changements climatiques. Le financement du programme de relance de l’UE de 750 MD€ devrait ainsi se réaliser pour 30% en Green Bonds. Le 17 Septembre, la Commission Européenne a proposé de relever à 55% la réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 (40% actuellement). En tant qu’investisseur, cet environnement va évidemment créer des opportunités pour renforcer encore cette thématique dans nos portefeuilles.

 

* Source : Département Recherche et Stratégie BFT IM 

 

Le portefeuille Agipi Grandes Tendances

** Répartition du portefeuille au 30/09/2020 - Source BFT IM