Covid-19 et recherche médicale : nouvelle plongée dans l’univers de l'AP-HP

Interviews exclusives de Hélène Cart-Grandjean, Directrice de la Recherche, de l’Innovation et des Maladies rares de l’ AP-HP et Hélène Coulonjou, Directrice Adjointe de la Direction de la Recherche Clinique et de l’Innovation de l’AP-HP.

La mobilisation des chercheurs français face au Covid-19 se traduit par une importante activité de traitement des données et par la mise en place de plusieurs essais cliniques. Nouvelle plongée dans l’univers de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. Rencontre avec Hélène Cart-Grandjean, Directrice de la Recherche, de l’Innovation et des Maladies rares de l’« AP-HP. Centre-Université de Paris », un des 6 groupes hospitalo-universitaires de l’AP-HP et Hélène Coulonjou, Directrice Adjointe de la Direction de la Recherche Clinique et de l’Innovation de l’AP-HP.

 

De nos jours, le nerf de la guerre c’est la donnée. Est-ce la même chose pour la recherche en médecine ?
 

Hélène Coulonjou : La recherche nécessite une importante activité en matière de collecte et de traitement des données. Tout cela est fait avec l’entrepôt de données de santé de l’AP-HP. Grâce à l’aide de bénévoles, dont des chercheurs de l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numériques (Inria), nous avons pu constituer un groupe de 12 000 personnes atteintes par le Covid-19 ou suspectées de l’être. Toutes ont été soit reçues en consultation à l’hôpital soit hospitalisées. L’objectif est de procéder à un suivi individuel de tous ces patients dans le temps. Voilà pourquoi nous avons lancé l’application gratuite Covidom. Chaque jour, le patient confiné reçoit un questionnaire médical et en cas de symptômes aigus, une équipe soignante est alertée. Ce télé-suivi permet de ne pas surcharger les médecins généralistes et les établissements de santé.

 

Au-delà de l’accompagnement à domicile, que peut-on espérer de ce type de collecte de données ?
 

Hélène Coulonjou : Après l’accompagnement par l’hôpital des patients confinés, il est tout à fait envisageable d’imaginer un accompagnement en ville. C’est sur ce sujet que nous travaillons avec la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam). Celle-ci est en effet venue nous solliciter pour que nous puissions à terme mettre en commun les données des patients issus de notre recherche avec celles du système national des données de santé.

 

Dans l’optique d’un dé-confinement progressif, la question des tests vient à se poser. La recherche est-elle impliquée sur cette question ?
 

Hélène Cart-Grandjean : Avant même de soigner et de faire de la prévention, l’identification de la maladie constitue un enjeu central pour la recherche. Mais pour être déployés les tests doivent être testés. Et nous disposons de toute une batterie de tests : les prélèvements naso-pharyngés, les tests sérologiques ou encore le scanner des poumons. Or chacun d’entre eux a ses limites et n’est pas fiable à 100 %. Pour l’heure, la stratégie privilégiée est celle des tests basés sur des prélèvements dans les narines. Dans l’optique d’une sortie de confinement, les autorités françaises envisagent d’utiliser des tests sérologiques permettant de savoir si une personne a été infectée et si elle est immunisée.

 

Justement, travaillez-vous à l’élaboration d’un vaccin contre le Covid-19 ?
 

Hélène Cart-Grandjean : Notre groupement hospitalier est en effet directement impliqué dans un essai thérapeutique pour un vaccin développé par l’institut Pasteur. C’est le centre d’investigation clinique dirigé par le Professeur Launay à l’hôpital Cochin qui est en charge de ce sujet. Pour l’instant, nous n’en sommes qu’à la phase pré-clinique qui permet de vérifier la toxicité et l’efficacité de ce vaccin chez l’animal.

 

Mis à part le vaccin, quelles autres thérapies sont envisagées ?
 

Hélène Cart-Grandjean : Les essais pour trouver une thérapie peuvent se répartir en plusieurs catégories. La première d’entre elles est celle des soignants. Nous venons de lancer un essai à destination de 900 d’entre eux afin qu’ils testent la prise d'un médicament préventif. Son nom est Prepcovid.

 

Une deuxième catégorie d’essais ?
 

Hélène Cart-Grandjean : Ceux destinés aux personnes déjà malades mais sans atteintes sévères. C’est dans ce cadre que s’inscrit l’essai Discovery où sont testés différents anti-viraux dont l’hydroxychloroquine mais pas seulement, en association avec d’autres molécules. Cet essai national va permettre de statuer sur l’hydroxychloroquine.

 

Et pour les personnes plus sévèrement atteintes de Covid-19 ?
 

Hélène Cart-Grandjean : Cette troisième catégorie d’essais concerne les patients qui se trouvent dans la période de l’orage inflammatoire (9-10 jours). Cette réaction immunitaire tout à fait normale pour combattre le virus va abîmer les poumons du patient. L’idée de l’essai Corimuno-19, dont l’instigateur principal est le professeur Olivier Hermine à Necker, consiste à travailler sur cette contre-immunité afin de parvenir à maîtriser cet orage inflammatoire.
Evidemment au-delà du fond, c’est la méthode qui est intéressante. Tous les essais dont je vous parle sont en effet adaptatifs. En d’autres termes, les chercheurs vont modifier le protocole en fonction de leurs premières observations. C’est aussi une forme de créativité de la part de nos chercheurs qui est intéressante à souligner en termes de méthodologie.

 

Des essais sont-ils aussi menés sur les patients les plus malades ?
 

Hélène Cart-Grandjean : Oui et ils sont passionnants. Le premier, baptisé Monaco vient d’être arrêté pour des vérifications complémentaires. Porté par les professeurs Cholet et Lantieri, il vise à utiliser la formidable capacité d’absorption de l’oxygène par l’hémoglobine du ver marin pour traiter le syndrome de détresse respiratoire sévère.
Un autre essai novateur est réalisé à partir de cellules souches et a pour but de diminuer l’inflammation sur les poumons. Il est piloté à l’instigation du professeur Monsel à La Pitié-Salpétrière avec pour directeur scientifique le professeur Ménachet à Georges Pompidou.

 

La grande variété des essais est impressionnante. Certains s’intéressent-ils aussi au virus lui-même ?

Hélène Cart-Grandjean : Oui des études sont en cours pour comprendre le fonctionnement du virus lui-même. Sur ce sujet, je tiens à citer le professeur Jean-laurent Casanova qui travaille à l’Institut des maladies génétiques Imagine. A partir de son travail sur le génome humain, il cherche à définir quels sont les facteurs de risque de chaque individu face au virus. Cela pourrait permettre de disposer d’une voie thérapeutique génétique.

 

Pour en savoir plus sur les projets soutenus par le Fonds AGIPI Solidarité Covid-19, cliquez ici. 

Interview réalisée par Gilles Petit - Publiée le 16 avril 2020.

 

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