COVID-19 : la situation dans le monde et les nouveaux foyers infectieux

Article d’Alain de Chalvron, grand reporter, livrant son analyse de la situation de l’épidémie dans le monde et de l’apparition de nouveaux foyers infectieux.

Depuis leur déconfinement, les Européens sont sur un petit nuage, trop heureux de la liberté retrouvée. Mais ce nuage pourrait bien être porteur de gros orages. C’est l’OMS, l’Organisation mondiale de la santé, qui tire la sonnette d’alarme. Tedros Ghebreyesus, son directeur général, a déclaré : « Le monde est entré dans une phase nouvelle et dangereuse. Beaucoup de gens sont naturellement fatigués de rester chez eux. Les pays sont évidemment désireux de rouvrir leur société et leur économie, mais le virus continue de se propager rapidement, il reste mortel ». Un record de contamination a même été recensé le 21 juin avec 183 000 nouveaux cas dans le monde en 24 heures. Au total la pandémie a fait plus de 460 000 morts dans 188 pays.

 

Où l’épidémie continue-elle de se propager ?

 

D’abord sur le continent américain. Aux États-Unis, on observe une tendance à la hausse dans 17 États qui n’étaient pas ou peu touchés jusqu’à présent. L’Arizona a ainsi connu une hausse des cas de + 210% ces deux dernières semaines. Le Texas, la Floride, l’Arkansas, la Caroline du Nord, la Caroline du Sud et l’Utah, soient autant d’Etats dirigés par des gouverneurs républicains qui n’ont pas ou peu confiné, présentent eux aussi des courbes inquiétantes. A l’inverse, les États de l’Est sont engagés dans des tendances nettement baissières.

La mortalité a néanmoins baissé spectaculairement, passant de 3 000 morts par jour début mai à une moyenne de 500 aujourd’hui, les États où l’épidémie flambe aujourd’hui étant beaucoup moins densément peuplés que New York ou le New Jersey. Au total, le pays compte plus de 120 000 morts et reste le plus touché au monde.

Quoiqu’il en soit, les États-Unis n’ont pas réellement amorcé la courbe descendante en nombre de cas. Ils sont plutôt dans un plateau assez élevé, même si, rapporté à leur population ils sont loin derrière certains pays d’Europe. Dans son discours de Tulsa, le président Trump a trouvé un bon moyen de faire baisser les statistiques : réduire le nombre de tests ! C’est sûr, il suffisait d’y penser !

Mais c’est surtout dans toute l’Amérique latine, du Mexique au Chili, que le phénomène est inquiétant. Le Mexique a dépassé la barre des 20 000 morts. Le Brésil compte aujourd’hui plus d’un million de cas, deuxième pays à atteindre ce seuil après les États-Unis. Il est devenu l’épicentre de l’épidémie dans le monde. Le seuil des 50 000 décès a été dépassé et plus de 1 000 personnes continuent à y mourir chaque jour. Et pourtant, poussé par le président Bolsonaro, négationniste dès le début, le Brésil déconfine à marche forcée.

Mais l’explosion du nombre de cas de la COVID-19 se constate dans tous les pays du sous-continent. C’est d’autant plus grave que la plupart de ces pays ont des infrastructures médicales très insuffisantes. Au Pérou, deuxième pays le plus touché en Amérique du Sud, les hôpitaux sont complètement submergés et contraint de demander aux familles de fournir l’oxygène nécessaire aux patients. Le prix de la bonbonne a été multiplié par dix sur le marché noir, dépassant désormais les 1 000 euros.

 

Qu’en est-il du reste du monde ?

 

La principale préoccupation nous vient de l’Inde. Le pays 1,37 milliard d’habitants avait été relativement épargné avec 13 000 décès. Il connaît aujourd’hui une courbe ascendante inquiétante, d’autant que les chiffres sont sans doute fortement sous-évalués. Le premier ministre Modi avait décrété un confinement massif, qui avait plongé des centaines de millions de travailleurs précaires devenus chômeurs dans une misère totale. Le déconfinement avait en conséquence été lancé prématurément, le pic de l’épidémie dans le pays n’ayant pas encore été atteint. L’agglomération de Chennai, l’ancienne Madras, la quatrième d’Inde avec 15 millions d’habitants a été contrainte de reconfiner. Dans tout le pays, les hôpitaux sont submergés et n’ont plus de place en réanimation.

Deux autres pays du sous-continent, le Pakistan et le Bangladesh, connaissent également des flambées épidémiques.
Un cas au Moyen-Orient intrigue les chercheurs : l’Iran. Le pays avait été l’un des plus atteints par le virus dès le mois de février. On avait attribué cette très forte contamination aux échanges importants de ce pays avec la Chine. Le nombre de cas avait ensuite fortement baissé pour autant que l’on puisse faire confiance aux chiffres publiés par un régime extrêmement fermé et soumis à des sanctions américaines drastiques. Une deuxième vague difficilement explicable semble néanmoins se profiler.

Dans une moindre mesure, la Turquie voisine et Israël subissent aussi l’assaut d’une seconde vague du Coronavirus.

Enfin l’Afrique, longtemps peu touchée, connaît-elle aussi une recrudescence de l’épidémie, mais le nombre de cas, pour autant que les statistiques soient fiables, reste très en deçà des autres continents. Cette recrudescence touche particulièrement l’Afrique du Nord et l’Afrique du Sud. Seuls deux pays ont dépassé le seuil de mille morts : l’Egypte et l’Afrique du Sud. L’Algérie approche de ce bilan.

 

Y-a-t-il des régions qui font office d’exception ?

 

On relève aujourd’hui deux cas particuliers : l’Asie du Sud-Est et...Gaza. L’Asie du Sud-Est est restée relativement épargnée. On a d’abord cru que c’était une question de climat, le virus semblant se complaire autour de 15 degrés Celsius, alors que les températures locales tournent plutôt autour de 28/30 degrés. Mais alors comment expliquer les assauts du virus au Brésil ou en Inde ?

On avance maintenant quatre autres explications :

  • La jeunesse de la population de ces pays, qui expliquerait aussi pourquoi l’Afrique est plutôt épargnée ;
  • Des mesures de précaution prises très rapidement par ces pays, avec confinement et fermeture des frontières ;
  • L’exposition de ces pays au paludisme, tout comme l’Afrique. Il semble que l'agent infectieux du paludisme, le parasite Plasmodium, et le Coronavirus présentent des traits communs avec un génome à ARN, autrement nommé acide ribonucléique. Ce point commun pourrait conférer un début d'immunité à la COVID-19 aux personnes ayant été impaludées.
  • Des facteurs génétiques : un pourcentage important des populations du Cambodge, du Vietnam et de Thaïlande ont une caractéristique peu banale : elles ont une "anomalie" sanguine représentée par la présence de l’hémoglobine E dans les globules rouges. Cette hémoglobine E expliquerait une certaine résistance de ces populations au paludisme...et donc au Coronavirus.

Le cas de Gaza est tout autre. On craignait le pire pour ce territoire surpeuplé : deux millions d’habitants sur 369 km2, une des plus fortes densités au monde. Une population qui plus est enfermée dans ce minuscule territoire, ne pouvant pas en sortir, tandis que les visiteurs venus de l’extérieur sont rares. On craignait donc qu’un seul cas se multiplie facilement dans cette univers clos et surpeuplé. Il n’en n’a rien été. Le territoire n’a connu qu’une vingtaine de cas, sans morts. Son isolement l’a sauvé. Il a suffi que les autorités mettent en quarantaine les très rares visiteurs pour contrôler toute expansion épidémique.

 

En revanche, peut-on craindre une deuxième vague en Chine et en Corée ?

 

Dans ces deux pays on ne peut pas parler de deuxième vague, mais plutôt de foyers, ou clusters, importants mais pour le moment circonscrits. En Corée du Sud, c’est à partir de boites de nuit que se sont propagés les cas de contamination, mais les autorités très aguerries et habituées aux systèmes de traçage ont pu confiner les personnes contaminées ou susceptibles de l’être.

A Pékin, le marché de gros de Xinfadi, principal lieu d’approvisionnement en fruits et légumes de la capitale, est soupçonné d’être la source des nouvelles contaminations avec 220 cas détectés en date du dimanche 21 juin. D’après le quotidien ultra nationaliste Global Times, le virus a été découvert sur des planches à découper utilisées pour préparer du saumon importé d’Europe, autrement dit c’est la faute aux « longs nez » ainsi qu’on désigne les occidentaux en Chine.
Toujours est il que les autorités ont réagi avec leur célérité et vigueur habituelles. Des quartiers entiers ont été bouclés. Des millions de tests ont été effectués. Le risque doit être impérativement limité, d’autant plus que la capitale de l’Empire du Milieu reçoit chaque jour des dizaines de milliers de visiteurs venus de province pour des formalités administratives et qui repartent potentiellement chez eux avec le virus dans leurs bagages.

 

L’Europe est-elle tirée d’affaire ?

 

La plupart des pays ont déconfiné progressivement, retournant à une vie presque normale. Les frontières sont rouvertes. La population semble convaincue que la crise est passée pour le moment en tout cas, encouragée dans ce sentiment par des sommités médicales. Si deuxième vague il y a, ce ne sera pas avant l’automne... et pourtant il y a tous les jours des foyers d’infection qui apparaissent ça et là. 239 de ces clusters, c’est-à-dire les lieux où au moins trois cas se sont déclarés, ont été identifiés en France, mais la plupart sont soit « clôturés » soit « maîtrisés ». Néanmoins l'agence Santé publique France note l'absence de « signaux en faveur d'une reprise de l'épidémie ». La situation est similaire dans les autres pays européens.

En Allemagne, un cluster géant avec plus de 1 300 personnes potentiellement contaminées a été dépisté dans un abattoir de Rhénanie du Nord-Westphalie. Le taux de reproduction de la maladie, soit le nombre de personnes contaminées par un malade, qui devrait être inférieur à 1 atteint outre Rhin 2,88, et un canton entier de 360 000 personnes a été reconfiné.

Les mécanismes pour circonscrire ces foyers, à savoir l’identification des personnes susceptibles d’être infectées, le testage et la quarantaine, sont maintenant au point et les pays d’Europe ont désormais tout ce qu’il faut en termes de masques ou de tests, de personnels formés et en équipements médicaux pour réagir vite et efficacement sans avoir à confiner tout ou partie de la population.

 

Cela fait maintenant un peu plus de six mois que l’on connaît le virus et qu’on l’étudie. Les conclusions avancent-elles ?

 

Ce virus reste encore très mystérieux mais beaucoup de choses ont été découvertes notamment sur la façon de diagnostiquer précocement la maladie et sur la prise en charge des malades pour éviter la réanimation ou l’abréger. Mais l’avancée la plus importante est surement la mise au point d’un traitement qui réduit sensiblement la mortalité de la COVID-19. C’est un médicament ancien, un corticostéroïde, la dexaméthasone, qui agit comme anti-inflammatoire et qui semble efficace car la plupart des décès de la COVID-19 sont dus à « l’orage inflammatoire » qui touche les poumons. D’autres traitements sont en cours d’essai, de même que de potentiels vaccins.

Mais beaucoup de questions restent en suspens. Pourquoi le virus s’attaque-t-il parfois aux reins, au cerveau, aux intestins ou encore aux yeux ? Pourquoi s’acharne-t-il sur un pays et en épargne-t-il un autre ? Quel est son cheminement exact à travers la planète ?

Les chercheurs n’en ont donc pas encore fini avec le « Coronavirus 2 du syndrome respiratoire aigu sévère » ou « SARS-CoV-2 » pour les intimes.

 

 

Article rédigé en partenariat avec Exiom Partners, achevé de rédaction le 23/06/2020.

 

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