Pourquoi tant de « volatilité » ?

Cet article répond à la volonté d’AGIPI d’apporter à ses adhérents l’explication d’un expert sur le comportement des marchés financiers. Il n’a pas de valeur de conseil et son objet n’est pas de promouvoir nos supports financiers.

Article rédigé le 25 mars 2020

par Christian Rabeau, expert des marchés financiers, administrateur AGIPI

 

À l’occasion de la crise actuelle, les commentaires évoquent constamment la « volatilité » des marchés financiers. De quoi s’agit-il exactement ? Comment s’explique-t-elle ? Peut-on la mesurer ? Certains en profitent-ils ? Sait-on combien de temps celle-ci peut durer ?

 

Traditionnellement, on appelle « volatilité d’un actif financier » l’ampleur de ses variations de prix. Lorsque l’on compare les performances de deux actifs financiers, même lorsque celles-ci sont voisines -comme dans l’exemple ci-dessous -, on constate qu’elles ont été obtenues en suivant des chemins différents. Pour une performance à peu près équivalente, l’actif A, en bleu, est à l’évidence plus volatil que l’actif B, en rouge. Ainsi, les biens immobiliers ont la réputation de voir leurs prix varier plus lentement que les valeurs mobilières, plus faciles à acheter et à vendre rapidement.

 

 

C’est pourquoi, lorsqu’une mauvaise nouvelle comme celle de la crise sanitaire est connue de tous, au même instant, il est logique que les investisseurs anticipent une baisse d’activité et veuillent vendre le plus vite possible les actions des entreprises les plus touchées (aujourd’hui, tourisme et transport aérien). Et il est tout aussi logique que ces vendeurs ne trouvent des acheteurs éventuels qu’à des prix beaucoup plus bas… Les marchés de valeurs mobilières permettent (presque) toujours de vendre mais pas nécessairement aux prix souhaités.

À cette raison fondamentale s’ajoutent souvent des raisons techniques ou réglementaires peu connues du public : par exemple, en cas de crise, certains épargnants exigent, et c’est leur droit, de retirer leur argent à n’importe quel prix : il faut vendre. Certaines institutions financières pour des raisons comptables ou réglementaires ne peuvent attendre une remontée des cours : il faut vendre. Enfin certaines techniques de gestion (couvertures de portefeuilles, gestion indicielle, ventes à découvert) nourrissent et accentuent la baisse : il faut vendre. Mais, « tout a un prix ». Et une fois la vague de ventes passées, on constate souvent que des excès à la baisse ont été commis qu’il faut corriger parce que la situation a évolué (anticipations excessives, mesures correctrices, etc.) et d’autres investisseurs, parfois les mêmes, se ravisent, prennent en compte les mesures prises par les Pouvoirs Publics, ou bien disposent de plus de temps et … « rachètent leurs positions ». Cette fois, il n’y a plus de vendeurs et les rebonds des cours peuvent être spectaculaires. C’est cela qui explique, sommairement, une volatilité souvent peu compréhensible.

 

Plus fondamentalement, la volatilité des marchés perdurera-t-elle ? La réponse est facile à exprimer et, bien sûr, la date impossible à fixer. Aussi longtemps que la crise sanitaire ne sera pas jugulée, aussi longtemps que l’on ne pourra pas mesurer les conséquences du ralentissement économique, aussi longtemps que l’on ne sera pas assuré de la reprise, une volatilité élevée se maintiendra sur tous les marchés financiers. C’est une évidence, et même une nécessité de leur bon fonctionnement. Cela durera sans doute encore quelques semaines…