Le contrat d’assurance vie et le plan d’épargne retraite sont deux placements permettant de vous constituer un complément de revenu après votre vie professionnelle. Ils présentent des spécificités qui les rendent plus complémentaires que concurrents.
Introduction
Préparer sa retraite constitue une préoccupation croissante chez les Français. Selon une récente étude du cabinet de conseil Kearney (1), 48% de nos compatriotes craignent pour leur niveau de vie une fois qu’ils seront retraités. Ils ont raison d’être inquiets : même avec tous leurs trimestres de cotisation, les salariés non-cadres touchent l’équivalent de 75% de leur dernier salaire à la retraite, d’après le dernier rapport annuel du Conseil d’orientation des retraites (COR). Le ratio tombe à 60% pour les fonctionnaires de catégorie B et même à 50% pour les salariés cadres.
D’où l’importance d’épargner pour ses vieux jours. Mais entre le contrat d’assurance vie et le plan d’épargne retraite (PER), lequel faut-il choisir ? Dans cet article, nous verrons que ces placements n’ont pas le même fonctionnement. Ils offrent des avantages différents et ne répondent pas, en réalité, aux mêmes besoins.
Présentation des deux placements
L’assurance vie : un produit d’épargne souple, non bloqué et multi-usages
Le contrat d’assurance vie est un placement particulièrement souple : vous pouvez verser et retirer à tout moment les sommes de votre choix. Il n’est donc pas bloqué, puisque vous pouvez disposer des capitaux quand bon vous semble.
Il existe deux principaux supports d’investissement dans l’assurance vie : le fonds en euros et les unités de compte (UC*). Le premier est sécurisé (le capital est garanti par l’assureur) mais peu rémunérateur, tandis que les secondes sont risquées (pas de garantie du capital) mais potentiellement plus performantes car majoritairement investies sur les marchés financiers. Le contrat d’assurance vie multisupports intègre un fonds euros et une ou plusieurs UC*, ce qui permet d’allier sécurité et rentabilité.
L’assurance vie est un placement sur le long terme. Au-delà de huit ans de détention, les gains (intérêts annuels du fonds euros, plus-values des unités de compte) issus des retraits (appelés « rachats ») sont, en effet, exonérés d’impôt à hauteur de 4.600 euros par an pour les célibataires ou de 9.200 euros par an pour les couples mariés ou pacsés.
La souscription d’un contrat d’assurance vie peut donc s’accorder avec la réalisation de ses projets de vie, comme l’achat de son logement, le lancement de son entreprise, le financement des études de ses enfants ou la préparation de la retraite. Pour ce dernier point, des rachats partiels peuvent être programmés au départ de la vie professionnelle qui viendront utilement compléter les pensions de retraite. Certains contrats d’assurance vie proposent également une sortie en rente viagère (une somme calculée en fonction de l’épargne constituée et de l’espérance de vie du souscripteur, et versée régulièrement jusqu’à son décès).


Le PER : un produit dédié à la retraite, avec des avantages fiscaux spécifiques
Comme son nom l’indique, le plan d’épargne retraite (PER) est spécifiquement dédié à la préparation à la retraite. Il permet de se constituer un complément de revenus après la vie professionnelle, avec le versement (en une ou plusieurs fois) d’un capital ou d’une rente viagère. Il est possible de sortir à la retraite à la fois en capital et en rente (le souscripteur détermine la répartition entre les deux types de sortie).
En contrepartie de cet avantage fiscal, les capitaux logés dans le PER sont bloqués jusqu’à la liquidation des droits à la retraite ou de l’âge légal (l‘âge minimum autorisé de départ, fixé de 62 à 64 ans selon la date de naissance). Toutefois, il existe des cas de déblocages anticipés. Les capitaux peuvent être débloqués avant le départ à la retraite et avant l’âge légal pour financer l’acquisition ou la construction de la résidence principale. Idem en cas d’accidents de la vie, comme le décès du conjoint, l’invalidité, le surendettement, la fin des allocations chômage ou la cessation d’une activité non salariée à la suite d’une faillite.


Objectifs, horizon de placement, types de supports
On le voit, la finalité des deux placements n’est pas la même. L’assurance vie permet de financer tous types de projets sur le long terme, alors que le PER vise particulièrement la constitution d’un revenu pour la retraite. Leurs horizons de placement sont, en conséquence, différents. Les capitaux d’un contrat d’assurance vie peuvent être retirés au bout de 5, 10 ou 15 ans, tandis que ceux du PER seront débloqués au bout de 20, 25, voire 30 ans en cas de souscription précoce.
Deux sortes de PER sont proposés sur le marché : le PER bancaire calqué sur le compte-titres et le PER assurantiel aligné sur l’assurance vie. Dans ce dernier, on trouve un fonds euros et des unités de compte*, à l’image du contrat d’assurance vie multisupports. Le PER bancaire ne propose pas, lui, de fonds en euros.
Les différences clés entre assurance vie et PER
| Critère | Assurance vie | PER |
| Objectif | Financement de projets à moyen et long terme | Constitution d’un revenu à la retraite |
| Avantage fiscal à l’entrée | Aucun | Déduction des versements volontaires du revenu imposable |
| Avantage fiscal à la sortie | Abattement sur les gains au-delà de 8 ans de détention | Fiscalité variable selon la sortie (capital ou rente), la déduction ou non des versements volontaires, le compartiment (individuel, collectif facultatif, collectif obligatoire) |
| Disponibilité des fonds | Retrait (« rachat ») possible à tout moment | Blocage jusqu’à la retraite ou l’âge légal (hormis les cas de déblocage exceptionnels) |
| Transmission | Avantageuse (capitaux hors succession) | Avantageuse pour le PER assurantiel, moins pour le PER bancaire |
Quel produit choisir selon votre profil ?
Vous souhaitez rester libre : optez pour l’assurance vie
Si vous voulez disposer de votre épargne à tout instant, privilégiez l’assurance vie qui est un placement totalement « liquide ». En revanche, sachez que vous ne pouvez pas transférer vos capitaux dans un autre contrat (sauf si vous gardez le même assureur), tandis qu’il est possible de transférer les fonds d’un PER dans un nouveau PER. Les frais de transfert seront même gratuits si le premier plan a été souscrit depuis plus de cinq ans.
Vous voulez optimiser votre impôt sur le revenu : opter pour le PER
Dès lors que vous souhaitez réduire votre impôt sur le revenu, choisissez le PER qui vous permet de déduire les versements volontaires de votre revenu imposable.
Vous anticipez votre succession : opter pour l’assurance vie ou le PER assurantiel
Grâce à la clause bénéficiaire, vous pouvez désigner la ou les personnes de votre choix qui percevront les capitaux de votre contrat d’assurance vie à votre décès. Les capitaux issus des versements (ou « primes ») effectués avant vos 70 ans seront transmis en franchise d’impôt à chacun de vos bénéficiaires désignés à hauteur de 152.500 euros. Les capitaux issus des primes versées après vos 70 ans seront, eux, exonérés d’impôt à hauteur de 30.500 euros pour l’ensemble de vos bénéficiaires.
Le PER assurantiel offre les mêmes abattements que l’assurance vie, à la différence que c’est l’âge au moment du décès de l’assuré (avant ou après 70 ans) qui compte et non la date de versement des primes. Le PER bancaire ne propose aucun avantage successoral : les capitaux transmis sont assujettis aux droits de succession qui varie selon le lien de parenté avec le souscripteur décédé (exonération pour le conjoint ou le partenaire survivant).
Vous ciblez une rente à la retraite : optez pour le PER ou l’assurance vie
À la retraite, le PER peut être liquidé en rente viagère. C’est également le cas de certains contrats d’assurance vie. Les rentes de l’assurance vie sont moins imposées que celles issues des versements volontaires du PER qui ont été déduits du revenu imposable. Il n’est, en effet, pas possible de bénéficier d’un avantage fiscal à la fois à l’entrée et à la sortie.
Vous êtes un jeune actif : optez pour l’assurance vie
Vous avez plutôt intérêt à souscrire un contrat d’assurance vie. Vous pourrez ainsi financer vos projets de vie. Le moment venu, vous pourrez même bénéficier d’une fiscalité allégée en cas de rachat si vous avez ouvert votre contrat depuis plus de huit ans.
Vous avez de hauts revenus : optez pour le PER
Par le biais de votre PER, vous pouvez réduire votre revenu imposable et, par ricochet, le montant de votre impôt. Plus votre tranche marginale d’imposition (TMI) est élevée et plus la déduction fiscale de vos versements volontaires sera conséquente. Si vous versez 1.000 euros sur votre PER avec une TMI à 30%, votre économie d’impôt sera de 300 euros. Avec une tranche à 45%, elle sera de 450 euros. Attention : vous devez veiller à disposer de liquidités à côté de votre PER pour faire face à des dépenses imprévues, votre plan étant bloqué jusqu’à votre retraite.
Et pourquoi pas les deux ?
Stratégie de complémentarité
L’assurance vie et le PER sont très complémentaires. Vous pouvez souscrire les deux placements : vous placerez dans votre contrat d’assurance vie la part de vos économies destinée à financer vos projets à moyen et long terme, et dans votre PER la part dévolue à la préparation de votre retraite. Dans les deux cas, vous pouvez mettre en place des virements automatiques à partir de votre compte bancaire.
Répartition du capital
Vous pouvez arbitrer les versements entre les deux placements selon vos projets, l’évolution de vos revenus ou de votre situation fiscale. Par exemple, en prévision d’un achat immobilier, vous pouvez privilégier l’assurance vie afin de vous constituer un apport financier en vue de décrocher un crédit immobilier. Si vous percevez une forte somme une année, vous pouvez en profiter pour alimenter votre PER et limiter ainsi votre hausse d’impôt.
Possibilité de transférer un vieux contrat de retraite
Vous pouvez transférer l’encours (le cumul des versements, majoré des gains) d’un produit d’épargne retraite, comme un plan d’épargne retraite populaire (Perp) ou un contrat de retraite Madelin, dans votre PER. Vous pourrez ainsi profiter du déblocage anticipé pour l’achat de la résidence principale ou la sortie à 100% en capital qui ne sont pas autorisés dans les « vieux » contrats de retraite. Aucun frais de transfert ne sont appliqués si le premier contrat a été souscrit il y a plus de dix ans.
Conclusion
L’assurance vie est idéale pour financer ses projets, tandis que le PER est destiné à préparer sa retraite, tout en réduisant ses impôts. Le choix entre ces deux placements dépend de la capacité d’épargne, des objectifs et besoins, de l’horizon de placement et du niveau d’imposition du souscripteur.
Dans certains cas, il peut être pertinent de combiner les deux placements. Parlez-en avec votre conseiller AGIPI qui vous aidera à faire un choix adapté à votre situation.