Dans une note récemment publiée, les services de Matignon retracent l’historique de l’ex-dossier médical personnel, intégré aujourd’hui dans « Mon espace santé ».
Disposer de toutes ses données de santé dans un seul espace numérique sécurisé, accessible uniquement aux professionnels de santé, le projet apparait séduisant de prime abord. Sa mise en place s’est révélée pourtant chaotique, comme n’hésitent pas à le montrer les services du premier ministre. Un article, diffusé le 31 mars 2026 sur Vie-publique.fr – un site Internet édité par la Direction de l’information légale et administrative (DILA) placée sous la tutelle de Matignon, retrace les différentes étapes de transformation du dossier médical partagé (DMP) en « Mon espace santé ».
Instauré par la loi du 13 août 2004 relative à l'assurance maladie, le DMP poursuit, au départ, un double objectif : permettre aux professionnels de santé d’accéder en ligne à l’ensemble des données médicales concernant un patient et faciliter la coordination et les échanges d’informations afin d’éviter les répétitions d’examen et/ou les prescriptions coûteuses. « Le dossier médical personnel doit donc permettre à terme des économies importantes », résume la DILA.
Un démarrage avorté
Le remboursement des actes médicaux devait être conditionné à la consultation par le professionnel de santé du DMP qui devait le compléter. Problème : compte tenu des nombreux bugs, l’entrée en vigueur du carnet de santé numérique commence par être repoussée du 1er janvier 2007 au 1er juillet 2007.
Ensuite, un rapport très critique de l’Inspection générale des finances (IGF) conseille de reprendre le projet à zéro. Une mission, constituée en 2008, préconise de transformer le DMP en un simple outil de partage d’informations entre les professionnels de santé. Le caractère obligatoire et le lien avec les remboursements sont supprimés.
Un nouveau nom
Résultat : alors que l’Agence française de la santé numérique (Asip-santé) en charge du DMP et qui sera ensuite rebaptisée Agence du numérique en santé (ANS) ambitionnait d’atteindre 1 million de dossiers en 2013, on en comptait à peine 158 000 en juillet 2012, dont 89 500 vides d’information. Le fiasco est tel que le déploiement du DMP est suspendu à l’automne 2012.
La loi du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé relance le projet. Le 1er janvier 2017, le dossier médical personnel devient le dossier médical partagé. Outre le nouveau nom, le DMP se transforme en un véritable carnet de santé numérique, accessible en ligne à partir de 16 ans. Le patient est le seul à avoir la main sur l’outil. Il peut, toutefois, autoriser les professionnels de santé à le consulter et à l'alimenter.
En 2021, 10 millions de DMP étaient ouverts. Soit deux fois moins que l’objectif (20 millions de dossiers) qui avait pourtant été réduit de moitié (40 millions). Seuls 10 % de la population adulte française a, à l’époque, ouvert un dossier médical partagé.
Une intégration automatique
Le service numérique sécurisé « Mon espace santé » est lancé en février 2022. Accessible sur Internet et mobile, il intègre, sauf opposition du patient, le DMP par défaut. L’usager peut également renseigner son profil médical (allergies, opérations chirurgicales, antécédents familiaux…) et mettre à jour ses constantes (tension, glycémie…). Une messagerie sécurisée lui permet d’échanger avec les professionnels de santé. Un agenda médical, ainsi qu’un catalogue de services et d’applications référencés par les pouvoirs publics, sont ajoutés ultérieurement. Sur la seule année 2024, 212 millions de documents ont été envoyés via « Mon espace santé », dont 117 millions de comptes-rendus d’examens de biologie, 69 millions de prescriptions de médicaments et 26 millions de comptes-rendus d’imagerie médicale. Début 2025, plus de 97 % des Français disposaient d’un profil « Mon espace santé ». Parmi eux, 17 millions l’ont activé, selon les données de l’Assurance maladie.