Délégué général de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), Hubert Mongon défend une conviction : le dynamisme du pays se joue avant tout dans ses territoires. Il détaille les leviers pour transformer les investissements industriels et assurer la vitalité économique de nos régions.  

Hubert Mongon, délégué général de l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), porte le sujet de la réindustrialisation. Recrutements, transition énergétique, compétitivité, M. Mongon détaille les leviers qu'il juge nécessaires pour développer les investissements industriels, les transformer en emplois locaux durables et plaide pour une bascule progressive d'un modèle de consommation vers une société de production.

En quoi le maillage territorial favorise-t-il à la fois l'attractivité du pays et l'emploi local ?

Hubert Mongon : Le maillage territorial est un atout pour notre pays. Quand un jeune sort de formation, dans son bassin d'origine, sur une compétence choisie, le taux de transformation du diplôme en emploi local dépasse les 80 %.  Ce maillage permet de répondre à deux aspirations qui se croisent en permanence : les jeunes qui veulent rester dans leur territoire et ceux qui veulent de la mobilité. Dans les deux cas, l'enjeu est de proposer une formation et un débouché professionnel à proximité ou pour ceux qui déménagent, une compétence attendue dans un autre bassin d'emploi.

C'est cette capacité à irriguer l'ensemble du territoire, jusqu'aux bassins d'emploi les plus éloignés des métropoles, qui donne tout son sens à l'effet multiplicateur de l'industrie : chaque emploi créé dans un atelier ou une usine génère en moyenne trois emplois induits dans le bassin local.

La métallurgie représente la moitié des activités industrielles du pays. Cette représentation dispose de plus de cinquante Uimm territoriales et 130 centres de formation professionnelle, répartis au plus près des bassins industriels. Ce sont ces Uimm locales, sur le terrain, qui animent les initiatives destinées à nourrir l'attractivité de l'industrie : jobs dating, actions de communication, relations de proximité avec les écoles. L'UIMM forme chaque année plus de 40 000 alternants, 130 000 salariés en formation continue et 15 000 demandeurs d'emploi en reconversion. 

Comment améliorer l'attractivité de vos métiers pour répondre à vos besoins de recrutement ?

Hubert Mongon : Nous sommes au carrefour de trois phénomènes majeurs :   

  • le départ massif des générations d'après-guerre, 
  • la transformation profonde de nos métiers 
  • l'apparition de nouveaux besoins. 

Ensemble, ils représentent 200 000 recrutements par an dans les dix prochaines années. Pour y répondre, l’UIMM mène un travail de fond sur l'attractivité et l'orientation, notamment auprès des jeunes, et des femmes via notre programme « Tu as ta place ». L'industrie offre aujourd'hui des parcours de très grande qualité, porteurs de sens. 

Rappelons également que les métiers de l'industrie présentent de nombreux atouts. Le niveau de rémunération dans l'industrie est entre 10 % et 15 % supérieur à la moyenne des autres secteurs en France, tous niveaux de responsabilité confondus, de l'opérateur au chef d'établissement. Cela s'explique par une exigence de qualification plus élevée, y compris dans des métiers dits traditionnels comme le soudage ou la chaudronnerie, devenus extrêmement pointus. 

Vous évoquez une nouvelle envie de "Faire". De quoi s'agit-il précisément ?

Hubert Mongon : C'est un mouvement de fond, sociologique, qui dépasse notre secteur. Dans un monde de plus en plus virtuel, produire avec ses mains, et avec sa tête, donne du sens pour beaucoup de gens. Nos métiers, y compris ceux que l'on qualifiait autrefois de traditionnels, comme le soudage ou la chaudronnerie, se sont profondément transformés en métiers de haute précision. Nous portons depuis plusieurs années une démarche, « fiers de faire », pour valoriser cette dimension. Nous constatons d'ailleurs que des profils venus d'univers très différents, la coiffure, la boulangerie, le commerce, les services, rejoignent aujourd'hui l'industrie parce qu'ils ont envie d'autre chose. Contrairement à d'autres secteurs, où l'on change d'entreprise pour évoluer, les industries ont souvent plusieurs établissements et une culture professionnelle ancrée pour la promotion interne et la formation. Elles offrent la possibilité de construire de véritables parcours professionnels dans la durée.

Quelles sont les implications des hausses de prix de l'énergie sur la compétitivité de nos sites industriels ?

Hubert Mongon : L'industrie s'inscrit dans le temps long, l'incertitude et l'instabilité sont ses pires ennemies. Les coûts énergétiques restent élevés et particulièrement exposés aux tensions géopolitiques. Le retour à pleine capacité du parc nucléaire français a redonné à nos entreprises un avantage en matière d’électricité. C’est pourquoi l’électrification des usages est un chantier important.

Car à travers lui se trouve une des réponses au défi de la décarbonation. Nos filières (y travaillent depuis plusieurs dizaines d'années. Mais il faut être lucide, un produit décarboné coûte plus cher à fabriquer sans apporter de bénéfice immédiat pour le consommateur, qui n'est pas toujours prêt à en payer le prix. C'est pourquoi il est important pour réussir cette transition, qu’elle soit menée de façon pragmatique, c’est-à-dire compatible avec le rythme industriel et sans carcan normatif..

En cette période d'incertitudes budgétaires, quel message clair adressez-vous aux décideurs politiques ?

Hubert Mongon : Notre message est simple : « Créons les conditions de notre réussite collective, plutôt que s’enliser dans des débats stériles !». L'industrie française se bat sur la scène internationale, mais elle le fait avec un sac à dos beaucoup plus lourd que ses concurrents. Les polémiques politiciennes de surtaxation de l'impôt sur les sociétés, les “coups de rabot" sur les allègements de charges ou sur la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), ainsi que les menaces budgétaires sur l'apprentissage sont de très mauvaises nouvelles. De façon imagée, on ne peut pas gagner un 100 mètres face à des rivaux européens ou mondiaux avec 30 kilos de lest sur le dos.

Conclusion

Depuis quarante ans, la France a délibérément fait le choix d'une société tournée vers la consommation. Il faut urgemment rééquilibrer notre modèle vers une société de production. La croissance et la souveraineté économique de notre pays ne reviendront que par le développement d'un tissu industriel compétitif, dans l'ensemble de nos territoires. Parler de réindustrialisation, c'est bien. Industrialiser, c'est mieux. 


Le tourisme, autre visage du dynamisme régional. 

Le tourisme représente 3,8 % du PIB français, un poids porté notamment par le seul secteur de l'hébergement-restauration, qui emploie 1,3 million de salariés selon Atout France, l'opérateur qui pilote la promotion et le développement de la destination France pour le compte de l'État. La France a accueilli 102 millions de visiteurs internationaux en 2025, confirmant son rang de première destination touristique mondiale, une fréquentation portée à 76 % par une clientèle européenne de proximité. Cette dynamique s'inscrit dans la stratégie du plan Destination France, lancé par le gouvernement en 2021 avec pour ambition de faire de la France la première destination mondiale du tourisme durable d'ici 2030 et d'atteindre 100 milliards d'euros de recettes touristiques internationales, contre 77,5 milliards en 2025.  

Cet article a été rédigé avec les informations connues au 04/09/2026. L’ensemble des informations communiquées est susceptible d’évoluer à chaque instant.

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