“Nous mettons la robotique au service du geste chirurgical, pas l’inverse.” Dans le secteur en plein essor de la chirurgie assistée, Moon Surgical s’impose comme l’un des fleurons tricolores de la medtech à l’international. Avec plus de 2 200 patients opérés dans le monde et une présence équilibrée entre la France et les États-Unis, l’entreprise incarne cette nouvelle génération de deeptech qui transforme la médecine. À sa tête, Anne Osdoit, ingénieure biomédicale et polytechnicienne, décrypte le projet, ses ambitions et sa vision du bloc opératoire de demain.

Moon Surgical est issu de la recherche française. Pouvez-vous nous raconter la genèse du projet ?

Moon Surgical est né d’une rencontre entre l’excellence scientifique française et une vision clinique pragmatique. Nous sommes issus de l’Institut des systèmes intelligents et de robotique (ISIR), un laboratoire CNRS-Sorbonne Université, en collaboration avec le professeur Brice Gayet, pionnier de la chirurgie mini-invasive.

La conviction fondatrice est simple : la technologie doit aider le chirurgien, pas le remplacer ni le contraindre. Notre solution Maestro rompt avec la robotique télérobotique classique. Contrairement à d’autres systèmes qui déportent le chirurgien derrière une console, nous le maintenons au chevet du patient, avec le contrôle direct de ses instruments habituels. Résultat : aucune formation spécifique n’est requise. Tout chirurgien formé à la laparoscopie peut utiliser Maestro immédiatement.

Aujourd’hui, nous comptons 104 collaborateurs répartis équitablement entre la France et les États-Unis, avec à nos côtés des investisseurs de premier plan comme Fred Moll, cofondateur d’Intuitive Surgical et le soutien de NVIDIA via NVentures.

Le concept de “chirurgien augmenté” est au cœur de votre démarche. Comment fonctionne-t-il ?

Maestro dispose de deux bras robotisés flexibles qui sont là pour augmenter et donner “deux bras supplémentaires" au praticien.. Le premier porte la caméra laparoscopique avec un contrôle automatisé par intelligence artificielle via notre application ScoPilot. Par reconnaissance d’image, la caméra suit automatiquement les mouvements du chirurgien et maintient une vision stable et optimale du champ opératoire. Le second bras assiste à l’exposition des tissus. Le dialogue humain-machine devient naturel, intuitif, au service du patient et de l’efficacité du bloc opératoire.

L’intelligence artificielle (IA) semble jouer un rôle central. Comment envisagez-vous son évolution dans vos systèmes ?

Nous développons des fonctionnalités pour automatiser progressivement certaines tâches : les check-lists opératoires, le passage d’une étape chirurgicale à l’autre, ou encore la génération automatique du compte-rendu opératoire. Notre plateforme Maestro Insights exploite également l’IA pour optimiser l’organisation du bloc : prédire en temps réel l’heure de fin de chirurgie pour préparer le patient suivant ou optimiser l’allocation des ressources entre différents blocs.

Nous avons obtenu l’autorisation FDA (U.S Food & Drug Administration), en mars 2025, via un “Predetermined Change Control Plan” qui nous permet de faire évoluer notre IA de manière itérative dans un cadre réglementaire très strict. Tous nos algorithmes tournent en local sur l’appareil pour des raisons de sécurité et de latence. Notre vision, c’est qu’elle devienne un véritable copilote : détecter des anomalies, alerter sur des risques, suggérer des optimisations, tout en préservant l’autonomie du chirurgien.

La robotique médicale a longtemps été jugée inaccessible, réservée aux grands centres. Comment voyez-vous son avenir ?

Historiquement, la robotique chirurgicale était effectivement réservée à une élite : coûteuse, complexe, difficile à rentabiliser hors des grands centres universitaires. Nous vivons une bascule majeure. La technologie doit devenir un partenaire universel pour tous les blocs, quelle que soit leur taille. C’est précisément notre combat : construire une plateforme légère, accessible, qui s’intègre naturellement dans les flux de travail existants.

Nous avons déjà prouvé que c’est possible : plus de 2 200 patients opérés avec Maestro en Europe et aux États-Unis, avec une adoption croissante dans des hôpitaux de toutes tailles. Nos trois priorités pour démocratiser l’accès : accélérer notre déploiement commercial avec plus d’équipes et de canaux, développer notre capacité de production industrielle en France grâce au soutien de France 2030 et enrichir continuellement nos fonctionnalités d’IA pour offrir toujours plus de valeur.

L’avenir de la robotique médicale, c’est une technologie qui n’est plus une exception, mais un standard accessible, au service du plus grand nombre de patients.

Quelles sont vos prochaines étapes de développement ?

Nous sommes à un moment charnière. Notre priorité immédiate est d’industrialiser notre production pour la rendre plus abordable, tout en continuant à innover avec de nouvelles briques technologiques d’IA embarquée. Nous développons nos équipes commerciales et nos canaux de distribution pour accélérer l’adoption de Maestro.

Nous travaillons sur l’automatisation intelligente de certaines procédures pour libérer du temps médical, tout en garantissant sécurité et performance maximales. Nous explorons également l’extension de nos applications à d’autres types de chirurgies.

Notre ambition reste inchangée depuis le premier jour : faire en sorte que la chirurgie robotique collaborative ne soit plus l’apanage de quelques centres d’excellence, mais devienne un standard accessible qui améliore concrètement la vie des chirurgiens, des équipes soignantes et, surtout, des patients.

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