En 2025, l’économie mondiale a fait preuve d’une résilience remarquable face à la montée des tensions géopolitiques (US-Chine, Iran-Israël), à un regain d’incertitude politique (France) et à la hausse sans précédent des droits de douane américains. La baisse des prix du pétrole, une adaptation rapide des entreprises à cet environnement mouvant et des conditions financières moins contraignantes ont néanmoins permis d’amortir le choc.

En 2026, nous anticipons moins de perturbations : l’impact des droits de douane devrait s’atténuer et les soutiens fiscaux à la croissance se renforcer, en particulier à partir du second semestre. La trêve commerciale entre Washington et Pékin reste fragile, mais une nouvelle escalade paraît peu probable. À l’échelle mondiale, l’investissement sera la pierre angulaire de la reprise, porté par la poursuite des investissements dans l’intelligence artificielle (IA) et le plan de relance allemand. Son effet sur la croissance sera d’autant plus marqué s’il s’accompagne d’une reprise de la consommation des ménages.

Zone euro

  • La croissance reposera largement sur la dépense publique, tirée par l’Allemagne (défense, infrastructures) et l’accélération du déploiement des fonds Next Generation EU.
  • La hausse de la consommation restera modérée malgré une poursuite de la baisse de l’inflation (attendue à 1,8 % en 2026 et 2027).
  • L’appréciation de l’euro (on importe moins cher) mais aussi la désinflation importée de Chine et la faiblesse des prix de l’énergie limiteront la hausse des prix.
  • Le niveau d’épargne ne baisserait que très marginalement et la dynamique sur le marché du travail pourrait s’essouffler après plusieurs « belles » années et un taux de chômage parmi les plus faibles de l’histoire récente de la zone euro, à 6,4 %, ce qui devrait limiter la reprise de la consommation.
  • La politique budgétaire sera contrastée : soutien marqué en Allemagne, resserrement en France, consolidation en Espagne et en Italie.
  • Côté politique monétaire, la Banque centrale européenne (BCE) n’a guère d’incitation à baisser ses taux davantage alors que la croissance devrait s’améliorer et que l’inflation est globalement à sa cible.
  • Au niveau politique, il n’y a pas d’élections majeures prévues en 2026, hormis les élections municipales en France qui peuvent donner quelques indices sur l’élection présidentielle de 2027. Des élections législatives anticipées peuvent aussi être convoquées si le blocage à l’Assemblée nationale persiste.

États-Unis

L’exceptionnalisme américain n’a pas disparu, mais change de nature. Si l’immigration a été un facteur exceptionnel de croissance dans les dernières années, le soutien s’est largement tari. Le choc des droits de douane continuera à peser sur l’économie au premier semestre avec un affaiblissement du marché du travail et une hausse de l’inflation liée aux droits de douane freinant la consommation. Mais le développement de l’intelligence artificielle et de son écosystème contribue actuellement à environ un tiers de la croissance totale. Ce dynamisme devrait se maintenir en 2026 et se combiner à une reprise de la consommation au second semestre, soutenue par des mesures budgétaires. Le levier budgétaire sera important en 2026, avec un déficit persistant de 6 à 7 % du produit intérieur brut (PIB), de nature à raviver les inquiétudes sur la trajectoire de la dette américaine. Dans ce contexte, les taux des obligations américaines pourraient être sous pression même si la fin de la réduction du bilan de la FED et l’émission accrue de titres courts devraient limiter leur envolée. Nous continuons d’anticiper des baisses de taux de la part de la FED (trois en 2026), en réponse à la faiblesse de l’emploi et à des signes que l’inflation serait en passe d’amorcer une décrue après un pic au deuxième trimestre 2026. Enfin, attention à ne pas sous-estimer l’impact de la nomination du prochain gouverneur de la FED par le président Donald Trump qui pourrait être tenté de « forcer » des baisses de taux avec des conséquences négatives sur la crédibilité de l’institution et des États-Unis.

Next Generation EU (NGEU) est un plan de relance économique mis en place par l’Union européenne pour soutenir les États membres après la crise du COVID-19.

Federal Reserve System (FED) est la banque centrale des États-Unis.


Biographie Hugo Le Damany

Hugo Le Damany est économiste spécialiste de la zone euro au sein du Groupe AXA depuis 2021. Il contribue à l’analyse et à la compréhension des dynamiques économiques en apportant son expertise sur des sujets tels que les tensions commerciales, les évolutions du marché du travail, les dynamiques de prix ou encore les évolutions géopolitiques. Dans ses fonctions, Hugo élabore des prévisions de croissance, d’inflation et de politiques monétaires, contribuant à informer et à éclairer les réflexions économiques au sein d’AXA, à accompagner ses clients et à nourrir les débats économiques dans les médias.

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