Les débuts de la prise de conscience collective (1945-1970)

Le droit de vote des femmes (1944)

 
En France, près d’un siècle après les hommes, les femmes obtiennent enfin le droit de vote au travers de l’article 17 de l’ordonnance du 21 avril 1944. Ce dernier leur permet aussi d’accéder également à un même droit d’éligibilité. Leur nouvelle carte d’électeur en poche, 12 millions de Françaises votent pour la première fois au cours des élections municipales du 20 avril 1945. Six mois plus tard, le 21 octobre, 33 d’entre elles font leur entrée à l’Assemblée Nationale qui est aussi constituante. C’est d’elle que sortira la IVe République.
 

😉L’anecdote 

L’obtention du droit de vote par les femmes ne se sera pas faite sans mal. La bataille pour obtenir les mêmes droits que les hommes a duré près d’un siècle et son issue est restée incertaine jusque dans les derniers instants des délibérations de 1944. A l’époque, seule l’égibilité est d’ailleurs envisagée car le vote fait peur. Les potentielles futures électrices sont considérées comme trop influencées par l’Eglise et l’on craint que l’obtention du droit de vote en plus de les amener à délaisser leur ménage ne les conduises tout droit au divorce ou à la stérilité ! Une véritable menace pour les résultats des élections que l’on projette de faire le plus rapidement possible après la fin de la guerre alors même qu’un grand nombre de Français combattants prisonniers en Allemagne risquent de ne pas être rentrés au pays à temps.

Naissance du premier magasin bio français (1948)

 
En mars 1948, Henri-Charles Geoffroy, ancien combattant de 14-18 gazé à l’ypérite qui suit depuis les années 30 un régime alimentaire exclusivement végétal, crée une coopérative avec un groupe d’amis. Son objectif est de commercialiser des produits non traités chimiquement aux abonnés du journal « La Vie Claire » qu’il a lancé en août 1946. C’est ainsi que le premier local français destiné à la vente de produits issus de l’agriculture bio voit le jour à Paris.
 
 

Le Grand Smog de Londres - Royaume Uni (1952)

 
Du 5 au 9 décembre 1952, la capitale anglaise est plongée dans un brouillard surnaturel dû à une pollution massive dont l'origine n'est autre qu'une combinaison entre événement atmosphérique et activité humaine. D’un côté, un anticyclone avec une absence totale de vent et une chute des températures. De l’autre, des centrales électriques au charbon qui tournent à plein régime et une surutilisation des poêles à charbon par les habitants pour se réchauffer. La combinaison de tous ces éléments aboutit à la formation d’un brouillard réduisant la visibilité à quelques mètres qui, de surcroît, va se révéler meurtrier. Les dernières études menées sur le sujet ont révélé que plus de 12 000 personnes sont décédées suite à cet événement, la plupart en raison d’infections respiratoires.
 
 

La mobilisation du monde agricole (1958)

 
En parallèle et tout au long des années 50, un mouvement refusant l’intensification de la production et l’utilisation excessive de pesticides et d’engrais chimiques, voit le jour dans le monde agricole. Outre l’autonomie des exploitations agricoles face à l’industrie, celui-ci entend lié développement de l’agriculture biologique et projet de société responsable. Créé en 1958, le Groupement d’agriculture biologique de l’Ouest (GABO) devient l’Association française d’agriculture biologique (AFAB) dès 1961. Au sein de celle-ci deux mouvements prennent forme. Le premier va se consacrer à l’approvisionnement des producteurs en fertilisants, nettoyants et produits de protection des cultures qui soient naturels. Le second, désireux de rester indépendant de toute attache commerciale mais ouvert à toutes les méthodes d’agriculture biologique va donner naissance à l’association Nature et Progrès en 1964.

En même temps que se développe un mode de consommation basé sur le refus de l’utilisation trop grande de produits chimiques dans l’agriculture survient ce qui sera considéré comme le pire épisode de pollution atmosphérique européen du XXe siècle.
 

Publication de « Printemps Silencieux » (1962) de Rachel Carson

 
Au début des années 1960, l’utilisation des pesticides dans l’agriculture intensive donne lieu à plusieurs alertes quant à ses conséquences sur la santé humaine et l’environnement. Aux Etats-Unis, un livre consacré au sujet va faire date. Ecrit par Rachel Carson, naturaliste et spécialiste de biologie marine, l’ouvrage est la réponse à l’alarme donnée par certains de ses amis propriétaires d’un refuge d’oiseaux dans le Massachussetts. Ces derniers ont constaté la mort d’un grand nombre d’entre eux après que les pouvoirs publics ont ordonné l’élimination de moustiques au moyen de pulvérisations massives de pesticides (DDT).
Publié le 27 septembre 1962, le livre va provoquer une véritable onde de choc dans l’opinion publique aux Etats-Unis mais aussi à travers le monde en expliquant à quel point l’exposition croissante de la faune et de l’humanité à des produits chimiques mortels comportait des coûts réels encore très mal appréhendés.
Traduit en France en 1968, « Printemps Silencieux » est considéré comme l’acte de naissance du mouvement écologiste bien que son propos ne soit pas la suppression des produits chimiques mais plutôt un appel pressant à un usage modéré, sélectif et judicieux de ceux-ci.
Cet ouvrage va déboucher quelques années plus tard sur la création de l’Agence de protection de l’environnement américaine (1970) et l’interdiction du DDT (1972).
 
 

Premier Congrès pour la défense de la santé des consommateurs (1964)

 
Soucieux de savoir ce qu’ils mangent et comment les aliments sont cultivés et préparés, consommateurs et agriculteurs tiennent le premier Congrès de l’ANDSAC (Association nationale pour la défense de la santé des consommateurs) les 21 et 22 juin 1964 à Chabanais en Charente. Celui-ci va permettre de poser les bases du premier cahier des charges définissant les normes de la qualité bio tant au niveau de la production agricole que de la fabrication et de la transformation des denrées alimentaires.
 
 

Naissance du Club de Rome (1968)

 

Si l’année 1968 reste dans les mémoires comme celle des « événements de mai », cette année bissextile commençant par un lundi a aussi été celle de la création du Club de Rome. Cette association internationale et apolitique réunit des hommes occupant des postes à responsabilité dans les secteurs privés et publics qui souhaitent réfléchir aux problèmes auxquels doivent faire face toutes les sociétés développées ou en voie de développement. Il sera considéré comme un précurseur de la réflexion sur le développement durable.

 

Pour plus de détails voir notre deuxième partie...