Développement durable et engagement : la longue marche des citoyens du XXe siècle dans un monde en mouvement

La réplique face à la multiplication des accidents sanitaires et écologiques (1971-1979)

 
Désormais passée au rang des préoccupations incontournables de la société civile, la question de l’environnement accède à la reconnaissance par l’espace politique au début des années 70. Un signal d’autant plus fort en direction des citoyens que la décennie va connaître de nouvelles catastrophes environnementales.
 
 

Naissance du premier ministère de l’environnement français (1971)

 
C’est en janvier 1971 qu’est créé le premier ministère de l’environnement en France. A l’époque, Robert Poujade est nommé ministre délégué auprès du Premier ministre (Jacques Chaban-Delmas) en charge de la Protection de la nature et de l’Environnement. Malgré les changements successifs de gouvernement, il occupera ce poste jusqu’en 1974. Il en tirera d’ailleurs un ouvrage intitulé « Le Ministère de l’impossible » (1975).
 

Le pavé dans la mare du rapport Meadows (1972)

 

Cette période des années 70 est aussi l’occasion pour le Club de Rome (voir notre première partie) de faire davantage parler de lui en suscitant la controverse grâce au rapport qu’il a commandé à une équipe de chercheurs du prestigieux Massachussetts Institute of Technology (MIT). Intitulé « Les limites de la croissance » (Limits of Growth) et communément dénommé Rapport Meadows (du nom du directeur de l’équipe de recherche), celui-ci va jeter un pavé dans la mare au moment de sa publication en 1972.
 
Sa démonstration la plus percutante aboutit en effet à la conclusion que la croissance matérielle perpétuelle, au lieu de conduire à l’égalité des êtres humains comme le pense la doxa économique va pousser « le système mondial vers les limites de la terre et son effondrement final ». Par effondrement, il faut entendre une diminution brutale de la population mondiale accompagnée d’une dégradation importante des conditions de vie.

Certes très pessimiste, cette conclusion est toutefois contrebalancée par un message porteur d’espoir. Comme l’indique les auteurs du rapport, « s'il y a lieu de s'inquiéter profondément, il y a également lieu d'espérer. Il serait difficile de limiter délibérément la croissance, mais ce n'est pas impossible. » D’après eux en effet, le monde « dispose de tout ce qui est physiquement nécessaire pour créer une forme de société humaine totalement nouvelle » capable de durer des générations. « Les deux ingrédients manquants sont un objectif réaliste à long terme qui peut guider l'humanité vers l'équilibre de la société et la volonté humaine d'atteindre cet objectif. »

Cette dernière mise en garde va longtemps résonner à l’oreille de la société civile qui va assister impuissante à la multiplication des catastrophes environnementales et des scandales alimentaires au cours des décennies qui vont suivre.
Sans être exhaustif, on retiendra pour la période de la fin des années 70, deux accidents emblématiques qui marqueront de manière durable la mémoire collective européenne et surtout française.
 

 
 
 

L’accident chimique de Seveso (1976)

 
Une accumulation de chaleur dans une chaudière provoque une réaction chimique aboutissant sur une explosion. L’usine installée à 20 kilomètres au nord de Milan va ainsi rejetter une importante quantité de dioxyne sur une zone de 320 hectares. Dans les jours qui suivent, un nuage toxique plane au-dessus de la municipalité de Seveso, laquelle compte 8 000 habitants. 
Le bilan immédiat de cet accident est le décès de plus de 3 000 animaux de ma région et la mort d’une grande partie de la flore.
 
 

Le naufrage de l'Amoco Cadiz (1978)

 

Le supertanker qui s’échoue tout près des côtes bretonnes va donner lieu à une marée noire considérée comme l’une des pires catastrophes écologiques de l’histoire. Ce sont en effet plus de 1,6 millions de barils qui sont déversés dans l'océan Atlantique. Cet accident sera l’occasion, en 1988, de voir pour la première fois au monde une compagnie pétrolière contrainte par la justice à verser aux plaignants d'une pollution d’importants dédommagements.

Sur le front de la consommation et de l’agriculture biologique, de nouvelles initiatives continuent de voir le jour.
 

 
 
 

Naissance d’un deuxième magasin bio (1973)

 
Avant de devenir une véritable chaîne de magasins comme son prédécesseur la Vie Claire, l’enseigne Naturalia voit le jour en 1973. Le local de 30m2 situé boulevard Magenta, à deux pas de la Gare du Nord à Paris, est surtout l’aventure d’une vie. Celle de M. et Mme Trocmé, un couple d’agriculteurs aux centres d’intérêt convergents. Si Monsieur se concentre sur les principes d’alimentation saine au travers de l’utilisation de produits biologiques, Madame s’intéresse davantage au bien-être et aux soins du corps grâce à l’utilisation de produits naturels.
 
 
 

Création de la FNAB (1978) et du GRAB (1979)

 

Devant l’intérêt des consommateurs pour des aliments issus de l’agriculture biologique et face au manque de reconnaissance institutionnelle, les différents acteurs de la filière bio s’organisent progressivement en syndicats professionnels. 
En 1978 la Fédération Nationale d’Agriculture Biologique (FNAB) est ainsi créée pour porter la voix spécifique d’une profession encore en devenir. Celle-ci va réunir les agriculteurs de chaque département et donner naissance, en 1979, au Groupe de recherche en agriculture biologique (GRAB). 
Cette association loi 1901 présidée par un jeune chercheur de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a pour premiers objectifs de recueillir des informations d’ordre agronomique (fertilisation, croissance, rendement, maladies), commercial (calibrage, prix de vente selon les circuits) et nutritionnel (teneur en matière sèche, en éléments minéraux et oligo-éléments, vitamines, minéraux, métaux lourds, nitrates) sur l’agriculture biologique et ses produits. Dans les décennies qui suivront, il se concentrera sur des thématiques comme la fertilité des sols et le changement climatique.

 

Pour plus de détails voir notre troisième partie...